Lettre d'amour

Lettre d'amour d'Alfred de Musset à George Sand

(Venise, 27 mars 1834.)
Quelle que soit ta haine ou ton indifférence pour moi, si le baiser d'adieu que je t'ai donné aujourd'hui est le dernier de ma vie, il faut que tu saches qu'au premier pas que j'ai fait dehors avec la pensée que je t'avais perdue pour toujours, j'ai senti que j'avais mérité de te perdre, et que rien n'est trop dur pour moi.
S'il t'importe peu de savoir si ton souvenir me reste ou non, il m'importe à moi, aujourd'hui, que ton spectre s'efface déjà et s'éloigne devant moi, de te dire que rien d'impur ne restera dans le sillon de ma vie où tu as passé, et que celui qui n'a pas su t'honorer quand il te possédait, peut encore y voir clair à travers ses larmes, et t'honorer dans son cœur, où ton image ne mourra jamais.
Adieu, mon enfant.
Alfred de Musset (1810-1857)
Alfred de Musset (1810-1857). Cette lettre, datée du 27 mars 1834, fut écrite à Venise après la rupture avec George Sand (1804-1876). Elle est l'une des plus belles de la correspondance amoureuse du XIXᵉ siècle.

Cette lettre de Venise est un cri de désespoir et de fierté mêlés. Musset y interpelle Sand en sachant qu'elle l'a quitté pour Pagello, mais refuse de renoncer à la dignité du souvenir. La phrase « Quelle que soit ta haine ou ton indifférence pour moi » pose le cadre : tout est perdu sauf la lettre elle-même.

La correspondance Musset-Sand est l'un des grands cycles épistolaires du romantisme français, aux côtés des lettres Hugo-Drouet et Balzac-Hanska. Elle a nourri plusieurs romans et films, et continue de fasciner par l'intensité des sentiments et la qualité littéraire de la prose.

Voir aussi Je suis perdu, vois-tu et la réponse de George Sand.

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