Aime comme si tu devais un jour haïr
Aime comme si tu devais un jour haïr.
Maxime attribuée à Bias de Priène, l'un des Sept Sages de la Grèce, et rapportée par Aristote dans la Rhétorique. Aime tes amis avec prudence, parce qu'ils pourraient devenir tes ennemis ; hais tes ennemis avec mesure, parce qu'ils pourraient devenir tes amis.
Sic amare oportet, ut si essemus aliquando osuri. « Il faut aimer comme si nous devions un jour haïr » (Bias de Priène, cité par Aristote, Rhétorique, II, 13)
La maxime est dure, et Aristote lui-même la trouvait excessive. Il y opposait l'idée que l'amitié vraie n'a pas à se précautionner contre l'éventualité de l'inimitié : si l'on aime déjà avec l'arrière-pensée de pouvoir haïr, on n'aime pas vraiment.
Mais on peut entendre le proverbe d'une autre manière, plus défendable. Il ne s'agit pas de réserver son cœur, mais de garder sa langue. Aimer sans tout dire ; partager beaucoup, mais pas tout. L'amitié, même la plus haute, doit laisser un fond de soi qui appartient à soi seul, et qui ne se retourne pas en arme le jour de la rupture.
Cicéron, dans le De Amicitia, atténuait la sentence de Bias : « Ne dis pas à ton ami des choses qui, si vous deviez devenir ennemis, te déshonoreraient. » C'est la version raisonnable du proverbe. La prudence n'empêche pas l'amitié ; elle protège l'ami autant que soi-même.
Voir aussi L'amitié confie son secret et Il faut se défier d'un ami réconcilié.
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