Demain, dès l'aube de Victor Hugo
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends.
J'irai par la forêt, j'irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.
Ce poème est l'un des plus célèbres de la langue française. Hugo y décrit un voyage silencieux vers la tombe de sa fille, dans un paysage de Normandie. La première personne, l'accumulation de verbes de mouvement (je partirai, j'irai), la résolution absolue (« Vois-tu, je sais que tu m'attends ») donnent au texte une force de marche funèbre.
Le poème ne révèle sa destination qu'au dernier vers. Pendant onze vers, le lecteur peut croire à un rendez-vous amoureux ; le douzième et dernier vers brise cette illusion : « Et quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombe / Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur. » Cette chute est l'une des plus poignantes de la poésie universelle.
Verlaine admirait ce poème pour sa simplicité. Baudelaire le tenait pour l'un des sommets des Contemplations. Quatre siècles de poésie française n'ont pas produit douze vers plus justes sur le deuil. Voir aussi Lettre d'amour de Victor Hugo et Les séparés.
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