Colloque sentimental de Paul Verlaine
Deux formes ont tout à l'heure passé.
Et l'on entend à peine leurs paroles.
Deux spectres ont évoqué le passé.
- Pourquoi voulez-vous donc qu'il m'en souvienne ?
Toujours vois-tu mon âme en rêve ? - Non.
Où nous joignions nos bouches ! - C'est possible.
- L'espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir.
Et la nuit seule entendit leurs paroles.
Dernier poème des Fêtes galantes, le Colloque sentimental inverse le ton galant du recueil en le glaçant. Le parc est solitaire et glacé, les formes sont des spectres, et le dialogue entre les deux anciens amants est un échange de souvenirs morts. L'un se souvient, l'autre a oublié.
La structure dialoguée du poème donne au texte un aspect théâtral. Les répliques, brèves et sèches, reproduisent le décalage entre celui qui aime encore et celui qui n'aime plus. Le vers pair (octosyllabe), avec ses rimes plates, crée un effet de monotonie qui mime l'indifférence de l'un des spectres.
Le dernier distique est d'une beauté glaciale : les deux ombres s'éloignent dans les herbes folles, et seule la nuit a entendu leurs paroles. Ce silence final est l'une des trouvailles les plus admirées de la poésie française. Voir aussi Mon rêve familier et Les séparés.
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