Les séparés de Marceline Desbordes-Valmore
Les beaux étés sans toi, c'est la nuit sans flambeau.
J'ai refermé mes bras qui ne peuvent t'atteindre,
Et frapper à mon cœur, c'est frapper au tombeau.
N'écris pas !
Ne demande qu'à Dieu… qu'à toi, si je t'aimais !
Au fond de ton absence écouter que tu m'aimes,
C'est entendre le ciel sans y monter jamais.
N'écris pas !
Elle a gardé ta voix qui m'appelle souvent.
Ne montre pas l'eau vive à qui ne peut la boire.
Une chère écriture est un portrait vivant.
N'écris pas !
Il semble que ta voix les répande en mon cœur ;
Que je les vois brûler à travers ton sourire ;
Il semble qu'un baiser les imprime sur mon cœur.
N'écris pas !
« N'écris pas » : l'injonction qui ouvre le poème est l'une des plus saisissantes de la poésie amoureuse. Desbordes-Valmore y demande à l'homme qu'elle aime de ne pas lui écrire, parce que la lettre raviverait un chagrin qu'elle tente d'apaiser. Le paradoxe est déchirant : elle refuse le contact tout en le désirant.
Le poème a une forme strophique régulière, avec un refrain (« N'écris pas ») qui revient comme un leitmotiv de résistance. Chaque strophe développe une raison de ne pas écrire, et chaque raison est, en réalité, un aveu d'amour. La prière de silence est la plus éloquente des déclarations.
Verlaine admirait Desbordes-Valmore au point de l'inclure parmi les six « Poètes maudits » en 1884, aux côtés de Rimbaud, Mallarmé et Corbière. Voir aussi Colloque sentimental et Demain, dès l'aube.
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