Roman d'Arthur Rimbaud
Un beau soir, - foin des bocks et de la limonade,
Des cafés tapageurs aux lustres éclatants ! -
On va sous les tilleuls verts de la promenade.
L'air est parfois si doux qu'on ferme la paupière.
Le vent chargé de bruits - la ville n'est pas loin -
A des parfums de vigne et des parfums de bière.
La sève est du champagne et vous monte à la tête.
On divague ; on se sent aux lèvres un baiser
Qui palpite, là, comme une petite bête.
Vous êtes amoureux : vos sonnets la font rire.
Tous vos amis s'en vont, vous êtes mauvais goût.
- Puis l'adorée, un soir, a daigné vous écrire.
Vous demandez des bocks ou de la limonade…
On n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans
Et qu'on a des tilleuls verts sur la promenade.
Roman est un poème de jeunesse au charme irrésistible. Le premier vers (« On n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans ») est devenu proverbial. Rimbaud y décrit, avec une distance amusée qui n'appartient qu'à lui, les promenades sous les tilleuls, les bocks qu'on dédaigne, et la rencontre d'une petite demoiselle dont le père a un col très raide.
Le poème est divisé en quatre sections numérotées (I à IV), chacune correspondant à un moment de l'amourette : la promenade, la rencontre, le baiser, et la fin. La distance ironique de Rimbaud, déjà perceptible à seize ans, donne au texte une saveur unique : il se moque de l'amour tout en le vivant.
La musicalité du poème, ses rimes parfois volontairement maladroites, son rythme de promenade, en font l'un des poèmes les plus accessibles de Rimbaud. Voir aussi Demain, dès l'aube et Green.
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