Ne te fie pas à l'amitié d'un bouffon
Ne te fie pas à l'amitié d'un bouffon.
Parce que le bouffon sacrifie tout à sa manie de faire rire. Il ne songe qu'à prodiguer les saillies, et le secret de son ami devient à ses yeux un excellent matériau de comédie. Le rire, pour lui, vaut mieux qu'une amitié.
L'observation est antique. Plutarque, dans le traité Comment distinguer le flatteur de l'ami, classait le railleur professionnel parmi les pires flatteurs : il amuse pour plaire, et il plaît pour subsister. Sa fidélité dépend de l'audience.
Les cours de l'Ancien Régime regorgeaient de bouffons à qui les princes confiaient leurs secrets. Ce fut souvent une catastrophe. Triboulet, fou de François Iᵉʳ, eut maille à partir avec son maître pour une plaisanterie de trop et faillit y laisser la tête. Chicot, fou d'Henri III puis d'Henri IV, savait des choses qu'il aurait mieux valu qu'il ignorât. Le bouffon connaît tout : il dit tout.
Horace ramasse l'observation dans une formule connue.
Dummodo risum excutiat sibi, non hic cuiquam parcet amico. « Pourvu qu'il déclenche le rire, il n'épargne aucun ami » (Horace, Satires, I, 4)
Le bouffon n'épargne personne, pas même l'ami qui l'invite. Le proverbe complète Il faut se dire beaucoup d'amis et s'en croire peu.
Voir aussi Il vaut mieux perdre un bon mot qu'un ami.
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