Il vaut mieux perdre un bon mot qu'un ami
Il vaut mieux perdre un bon mot qu'un ami.
C'est une leçon adressée aux malins railleurs qui, à l'exemple du poète dont parle Horace, sacrifieraient un ami pour faire briller un calembour.
Dummodo risum excutiat sibi, non hic cuiquam parcet amico. « Pour peu qu'il fasse rire, il n'épargne aucun ami » (Horace, Satires, I, 4)
La tentation est universelle. Un bon mot vient, on sent qu'il portera, on hésite une seconde parce qu'il blessera, et puis l'on cède au plaisir d'être brillant. L'ami visé sourit poliment, et au fond de lui note le coup. L'amitié est entamée pour le prix d'un trait d'esprit qu'on aurait oublié le lendemain.
La Bruyère, lui-même fin diseur de bons mots, en formulait la règle : « Il y a quelque chose dans les bons mots qui doit céder à l'amitié et à la décence. » Trois choses sont à protéger absolument du bel esprit : la religion d'autrui, l'honneur des femmes, et les ridicules des amis.
Madame de Staël, dans Corinne, observe que les Italiens, qui sont fins, ont peu de bons mots, parce que la galanterie leur en interdit l'usage. Les Français en font plus, et perdent plus d'amis. Le calcul à faire est simple : un bon mot dure une minute ; une amitié rompue dure toute une vie.
Voir aussi Ne te fie pas à l'amitié d'un bouffon et Il faut aimer ses amis avec leurs défauts.
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