Noces de mai, noces mortelles
Noces de mai, noces mortelles.
Les Romains avaient soin de ne pas se marier pendant le mois de mai. Ils croyaient que le mariage contracté en ce temps, qui, chez eux, était consacré au culte des tombeaux, devait tourner à mal et entraîner la mort de l'épouse, ainsi que l'attestent ces vers du chant V des Fastes d'Ovide :
Nec viduoe taedis eadem nec virginis apta
Tempora : quae nupsit non diuturna fuit.
Hac quoque de causa si te proverbia tangunt,
Mense malas maio nubere vulgus ait.
Ce temps n'est pas favorable pour allumer les flambeaux de l'hymen d'une veuve ni d'une vierge. Celle qui s'est mariée alors a peu vécu, et si les proverbes peuvent être ici de quelque poids, je rappellerai le dicton populaire : Ce sont des malheureuses qui se marient au mois de mai.
Plutarque, dans la quatre-vingt-sixième de ses Demandes des choses romaines, a recherché les causes de cette superstition, et voici ce qu'il en a dit :
Pourquoi les Romains ne se marient pas au mois de mai ? Est-ce parce qu'il est entre avril et juin, dont l'un est consacré à Vénus et l'autre à Junon, déesses qui ont toutes deux la cure et la surintendance des noces, au moyen de quoi ils (les Romains) avancent ou retardent un peu ? Ou est-ce parce que, ce mois-là, ils font la cérémonie de la plus grande purgation ? En ce temps-là, la prêtresse de Junon, ou la Flaminea, vit toujours triste, comme en deuil, sans se laver ni parer. Ou bien est-ce parce que plusieurs des peuples latins font oblation aux trépassés en ce mois ? Et c'est pourquoi ils adorent Mercure, en ce même mois, joint qu'il porte le nom de Maia, mère de Mercure.
(Trad. d'Amyot.)
La superstition qui a donné lieu au proverbe est, comme on vient de le voir, tout à fait païenne, et, quoique les motifs qui l'avaient introduite n'existent plus, elle se maintient encore en plusieurs pays, notamment en Provence. On a prétendu même la justifier par des exemples célèbres, parmi lesquels se trouvent les trois suivants.
Marie Stuart épousa Bothwell le 15 mai 1567, et, le lendemain, le dernier des quatre vers latins cités plus haut fut placardé sur la porte de son palais comme un sanglant reproche de cette indigne union avec l'assassin de son mari, et comme une prophétique menace des malheurs qui devaient la suivre.
Henriette de France, fille de Henri IV, fut mariée, le 11 mai 1625, avec Charles Ier, roi d'Angleterre, qui périt sur l'échafaud, et la vie de cette reine fut un long enchaînement de douleurs.
Les noces de Marie-Antoinette d'Autriche et du duc de Berry, depuis Louis XVI, furent célébrées à Paris le 16 mai 1770, et l'on sait à quelles infortunes horribles la Révolution française vint livrer ces augustes époux, dont le supplice fut le comble de l'iniquité et le comble de l'héroïsme.
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