Proverbe sur le mariage

Nul ne se marie qui ne s'en repente

Nul ne se marie qui ne s'en repente.

Proverbe qui se trouve textuellement dans la Châtelaine de Saint-Gilles, poème manuscrit de la Bibliothèque impériale, n° 7,218 : Nus ne se marie qui ne s'en repente.

Et pourquoi ce repentir presque universel du mariage ? Fénelon va nous l'apprendre :

Ce joug perpétuel est difficile à porter pour la plupart des hommes légers, inquiets et remplis de défauts. Chacune des deux personnes a ses imperfections : les naturels sont opposés, les humeurs sont presque incompatibles ; à la longue, la complaisance s'use, on se lasse les uns des autres dans cette misérable nécessité d'être presque toujours ensemble et d'agir en toutes choses de concert. Il faut une grande grâce et une grande fidélité à la grâce reçue pour porter patiemment ce joug. Quiconque l'acceptera par l'espérance de s'y contenter grossièrement y sera bientôt mécompté. Il sera malheureux et rendra sa compagne malheureuse. C'est un état de tribulation et d'assujettissement très pénible auquel il faut se préparer en esprit de pénitence.

Fénelon dit encore dans un autre endroit de ses Lettres spirituelles :

Demandez, voyez, écoutez ; que trouvez-vous dans toutes les familles, dans les mariages même qu'on croit les mieux assortis et les plus heureux, sinon des peines, des contradictions, des angoisses ? Les voilà ces tribulations dont parle l'Apôtre, lorsqu'il dit : Ceux qui entrent dans les liens du mariage souffrent les tribulations de la chair, et je voudrais vous les épargner. Il n'en a point parlé en vain ; le monde en parle encore plus que lui ; toute la nature est en souffrance.

Laissons là tant de mariages pleins de dissensions scandaleuses ; prenons les meilleurs. Il n'y paraît rien de malheureux ; mais, pour empêcher que rien n'éclate, combien faut-il que le mari et la femme souffrent l'un de l'autre ! Ils sont tous deux également raisonnables, si vous le voulez (chose très rare et qu'il n'est guère permis d'espérer) ; mais chacun a ses humeurs, ses préventions, ses habitudes, ses liaisons. Quelque convenance qu'il y ait entre eux, les naturels sont toujours assez opposés pour causer une contrariété fréquente, dans une société si longue, où l'on se voit de si près, si souvent avec ses défauts de part et d'autre.

On se lasse, le goût s'use, l'imperfection toujours attachée à l'humanité se fait sentir de plus en plus. Il faut à toute heure prendre sur soi et ne pas montrer tout ce qu'on y prend ; il faut à son tour prendre sur son prochain et s'apercevoir de sa répugnance. La complaisance diminue, le cœur se dessèche, on se devient une croix l'un à l'autre… Souvent on ne tient plus l'un à l'autre que par devoir tout au plus, ou par une certaine estime sèche, ou par une amitié altérée et sans goût qui ne se réveille que dans les fortes occasions.

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