À la Saint-Valentin de Paul Verlaine
J'ai peur d'un baiser
Comme d'une abeille.
Je souffre et je veille
Sans me reposer :
J'ai peur d'un baiser !
Comme d'une abeille.
Je souffre et je veille
Sans me reposer :
J'ai peur d'un baiser !
C'est Saint-Valentin !
Je dois et je n'ose
Lui dire au matin…
La terrible chose
Que Saint-Valentin !
Je dois et je n'ose
Lui dire au matin…
La terrible chose
Que Saint-Valentin !
Elle m'est promise,
Fort heureusement !
Mais quelle entreprise
Que d'être un amant
Près d'une promise !
Fort heureusement !
Mais quelle entreprise
Que d'être un amant
Près d'une promise !
J'ai peur d'un baiser
Comme d'une abeille.
Je souffre et je veille
Sans me reposer :
J'ai peur d'un baiser !
Comme d'une abeille.
Je souffre et je veille
Sans me reposer :
J'ai peur d'un baiser !
Ce petit poème est une merveille de concision. En quelques vers, Verlaine dit tout le trouble amoureux : la peur du baiser, comparée à celle de l'abeille, et l'insomnie qui en découle. L'image de l'abeille, qui à la fois attire et menace, est l'une des plus justes que la poésie ait trouvées pour l'approche amoureuse.
La brièveté du poème renforce son effet. Il ne raconte rien, n'explique rien, ne conclut rien : il dit la peur, et se tait. Ce silence après l'aveu est typiquement verlainien.
Voir aussi Soif d'un baiser de Germain Nouveau et Green.
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