Poème d'amour

Sonnet de Louise Labé

Baise m'encor, rebaise-moi et baise ;
Donne m'en un de tes plus savoureux,
Donne m'en un de tes plus amoureux ;
Je t'en rendrai quatre plus chauds que braise.
Las ! te plains-tu ? Ça, que ce mal j'apaise,
En t'en donnant dix autres doucereux.
Ainsi, mêlant nos baisers tant heureux,
Jouissons-nous l'un de l'autre à notre aise.
Lors double vie à chacun en suivra.
Chacun en soi et son ami vivra.
Permets m'Amour penser quelque folie :
Toujours suis mal, vivant discrètement,
Et ne me puis donner contentement
Si hors de moi ne fais quelque saillie.
Louise Labé (1524-1566)
Louise Labé (1524-1566), poétesse lyonnaise de la Renaissance, surnommée « la Belle Cordière ». Ses 24 sonnets et 3 élégies comptent parmi les plus beaux textes amoureux de la Renaissance française.

Ce sonnet, le XVIIIᵉ du recueil de Louise Labé, est une célébration du baiser d'une audace remarquable pour le XVIᵉ siècle, et plus encore sous la plume d'une femme. « Baise m'encor, rebaise-moi et baise » : l'injonction qui ouvre le poème est d'une franchise sans précédent.

Louise Labé revendique dans ce sonnet un désir féminin qui ne se cache pas. La Renaissance lyonnaise, plus libre que la parisienne, permettait cette audace. Labé y ajoute un sens aigu de la forme : le sonnet est construit sur un échange de baisers qui s'amplifie de vers en vers, comme un jeu de surenchère.

Voir aussi Madrigal de Ronsard et De sa grande amie de Marot.

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