Sonnet de Louise Labé
Donne m'en un de tes plus savoureux,
Donne m'en un de tes plus amoureux ;
Je t'en rendrai quatre plus chauds que braise.
En t'en donnant dix autres doucereux.
Ainsi, mêlant nos baisers tant heureux,
Jouissons-nous l'un de l'autre à notre aise.
Chacun en soi et son ami vivra.
Permets m'Amour penser quelque folie :
Et ne me puis donner contentement
Si hors de moi ne fais quelque saillie.
Ce sonnet, le XVIIIᵉ du recueil de Louise Labé, est une célébration du baiser d'une audace remarquable pour le XVIᵉ siècle, et plus encore sous la plume d'une femme. « Baise m'encor, rebaise-moi et baise » : l'injonction qui ouvre le poème est d'une franchise sans précédent.
Louise Labé revendique dans ce sonnet un désir féminin qui ne se cache pas. La Renaissance lyonnaise, plus libre que la parisienne, permettait cette audace. Labé y ajoute un sens aigu de la forme : le sonnet est construit sur un échange de baisers qui s'amplifie de vers en vers, comme un jeu de surenchère.
Voir aussi Madrigal de Ronsard et De sa grande amie de Marot.
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