Green de Paul Verlaine
Et puis voici mon cœur qui ne bat que pour vous.
Ne le déchirez pas avec vos deux mains blanches
Et qu'à vos yeux si beaux l'humble présent soit doux.
Que le vent du matin vient glacer à mon front.
Souffrez que ma fatigue à vos pieds reposée
Rêve des chers instants qui la délasseront.
Toute sonore encor de vos derniers baisers ;
Laissez-la s'apaiser de la bonne tempête.
Et que je dorme un peu puisque vous reposez.
Ce poème est l'un des plus célèbres de Verlaine. Il ouvre une scène d'offrande amoureuse d'une simplicité désarmante : le poète arrive chargé de fruits, de fleurs, de branches, et livre son cœur avec le reste. L'alexandrin se fait souple, presque parlé, traversé par le souffle du voyage et de la fatigue heureuse.
Le titre anglais Green renvoie à la fraîcheur de la nature autant qu'à la couleur de l'espérance. Verlaine y mêle le paysage et le sentiment avec une fluidité que les Parnassiens, ses contemporains, lui enviaient sans la comprendre. Le poème est devenu l'un des modèles de la poésie impressionniste française.
Debussy l'a mis en musique dans ses Ariettes oubliées (1888), donnant au texte une seconde vie qui dure encore. Voir aussi Il pleure dans mon cœur et Mon rêve familier.
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