À l'ami qui demande on ne dit pas : Demain
À l'ami qui demande, on ne dit pas : Demain.
Ce proverbe est pris de celui-ci de Salomon : « Ne dites pas à votre ami : Va et reviens demain, je te donnerai ce que tu demandes, si vous pouvez le lui donner aussitôt » (Proverbes, III, 28). La promptitude est la moitié du don ; le retard, à lui seul, le déprécie.
Bis dat, qui cito dat. « Celui qui donne vite donne deux fois » (Publilius Syrus, Sentences)
L'observation est de bon sens. L'ami qui demande est dans le besoin (de service, d'argent, de conseil, de présence). Faire attendre ce besoin, c'est l'aggraver. Le « demain » du bienfaiteur paresseux peut signifier la ruine de l'ami pressé.
Sénèque, dans le De Beneficiis, en faisait l'une des règles cardinales du bienfait. Il distinguait trois fautes : ne pas donner du tout, donner trop peu, donner trop tard. La dernière est la plus subtile et la plus offensante : elle déguise le refus en générosité différée.
Le proverbe a un envers, qu'il faut connaître. Toute demande ne mérite pas d'être satisfaite, et l'ami sage sait dire non immédiatement plutôt que de promettre vaguement un délai. La promesse différée est une lâcheté ; le refus prompt est une honnêteté.
La Bruyère ramassait : « Refuser de bonne grâce vaut mieux qu'accorder à regret. » Voir aussi Il ne faut pas mettre ses amis à tous les jours et Bien servir fait amis et vrai dire ennemis.
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