Il faut éprouver les amis aux petites occasions et les employer aux grandes
Il faut éprouver les amis aux petites occasions et les employer aux grandes.
Il faut les éprouver aux petites occasions, parce qu'il ne s'agit alors que d'un faible service à rendre, et que l'on découvre ainsi sans grand dommage si l'amitié est solide. Mais quand l'épreuve est concluante, on peut leur demander davantage.
Le proverbe est l'application à l'amitié d'une règle générale de prudence. Sénèque en formule l'équivalent.
Diu cogita an tibi in amicitiam aliquis recipiendus sit. « Réfléchis longtemps avant d'accueillir quelqu'un dans ton amitié » (Sénèque, Lettre III à Lucilius)
L'épreuve aux petites occasions consiste à observer comment l'ami se comporte dans les détails : tient-il parole pour un rendez-vous insignifiant ? Rend-il les petits services demandés ? Sait-il taire un secret de peu d'importance ? Si oui, on peut lui confier de plus graves.
Aristote, dans l'Éthique à Nicomaque, donne le même conseil : on ne sait pas qui est ami avant de l'avoir éprouvé, et l'épreuve ne se fait pas dans la prospérité (où tout le monde est aimable) mais dans l'adversité (où peu le restent).
Le revers du proverbe, c'est qu'à force d'éprouver, on risque de ne jamais employer. L'ami trop sondé se lasse. L'art consiste à éprouver discrètement, sans qu'il s'en aperçoive, et à employer avec confiance dès qu'on a vu juste.
Voir aussi Il faut se dire beaucoup d'amis et s'en croire peu.
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