Proverbe d'amitié

À nul n'est vrai ami qui de soi-même est ennemi

À nul n'est vrai ami qui de soi-même est ennemi.

Celui qui est mauvais à soi-même ne peut être bon à personne. C'est l'observation de Ménandre, qui voyait dans la concorde intérieure la condition de toute amitié extérieure. L'homme en guerre contre lui-même mène, malgré lui, des guerres contre ses amis.

Qui sibi nequam, cui bonus ? « Qui est mauvais pour soi-même, pour qui sera-t-il bon ? » (Ecclésiastique, XIV, 5)

Le proverbe a une portée psychologique profonde. Les hommes mécontents d'eux-mêmes le sont aussi des autres, parce qu'ils projettent sur autrui leur insatisfaction. Inversement, l'homme en paix avec lui-même apporte cette paix dans toutes ses relations, et fait partout des amis sans le chercher.

Sénèque, dans une lettre à Lucilius, l'observait : cum prodesse vis amico, vide ut prius prosis tibi, « si tu veux servir un ami, vois d'abord à te servir toi-même ». Non par égoïsme, mais parce qu'on ne donne aux autres que ce qu'on possède déjà. L'âme vide ne donne rien.

Pascal, qui connaissait peu l'amitié paisible parce qu'il était en perpétuel combat intérieur, le constatait avec amertume : « Le moi est haïssable. » Mais l'observation, prise à rebours, est aussi vraie : on n'aime les autres qu'à proportion qu'on sait s'aimer soi-même, sans complaisance mais sans haine.

Le proverbe a son corollaire dans Qui s'aime trop n'est aimé de personne : ni se haïr, ni s'idolâtrer. L'équilibre est dans une bienveillance mesurée envers soi.

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