On ne s'aime bien que lorsqu'on n'a plus besoin de se le dire
On ne s'aime bien que lorsqu'on n'a plus besoin de se le dire.
Maxime de la délicatesse française. L'amitié haute parvient au silence : les deux amis n'ont plus à s'assurer mutuellement de leurs sentiments, parce que le doute n'existe plus. L'expression devient inutile non par usure, mais par certitude.
L'observation est subtile et juste. Les amours naissantes parlent beaucoup ; les amours mûres se taisent. De même, les jeunes amitiés se déclarent ; les vieilles amitiés se sous-entendent. Le bavardage affectif est un symptôme d'incertitude ; le silence est un signe de confiance.
Verba supervacua sunt inter veros amicos. « Les paroles sont superflues entre vrais amis » (adage classique)
Montaigne, parlant de son amitié avec La Boétie, écrivait : « Si on me presse de dire pourquoi je l'aimais, je sens que cela ne se peut exprimer qu'en répondant : Parce que c'était lui, parce que c'était moi. » L'amitié vraie échappe au langage parce qu'elle dépasse les justifications.
La Rochefoucauld, plus sceptique, écrit : « Il est presque impossible d'aimer ses amis sans le leur dire ; mais il est impossible de bien aimer en le leur disant trop. » Le bavardage affectueux porte en lui sa propre limite ; passé un certain seuil, il sonne creux et inquiète celui qu'il devrait rassurer.
Le proverbe a un revers : entre amis, le silence absolu peut aussi nuire. La déclaration occasionnelle est utile, pour ranimer ce qui sans elle s'engourdirait. Mais la déclaration doit être rare et juste, pas continue et démonstrative.
Voir aussi Quand on n'a pas ce que l'on aime, il faut aimer ce que l'on a.
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