Qui s'aime trop n'est aimé de personne
Qui s'aime trop n'est aimé de personne.
L'amour-propre excessif chasse l'affection des autres. Celui qui se mire dans sa propre estime n'a pas d'œil libre pour regarder les autres, et les autres le lui rendent en ne le regardant plus. Le narcissique est seul par construction : il a occupé toute la place.
L'observation est antique. Plutarque, dans la Vie d'Alcibiade, le constate : Alcibiade, le plus beau, le plus brillant, le plus admiré des Grecs, mourut entouré d'ennemis et sans un seul ami véritable, parce qu'il s'aimait trop pour aimer quelqu'un d'autre.
Qui se nimis amat, neminem amat. « Qui s'aime trop n'aime personne » (sentence latine)
La Rochefoucauld, qui a fait de l'amour-propre la matière principale de ses Maximes, en formulait la mécanique : « L'amour-propre est le plus grand de tous les flatteurs. » Le narcissique se flatte lui-même à longueur de journée, n'a plus besoin que personne le flatte, et donc n'a plus besoin de personne.
L'expérience confirme l'observation. Les amitiés véritables exigent qu'on s'oublie un peu pour s'intéresser à l'autre. Le narcissique ne s'oublie jamais ; il est, pour ses interlocuteurs, un miroir qui parle. Or personne n'aime un miroir qui parle, sauf pour s'y regarder soi-même un instant ; et l'instant fini, on s'en va.
Le proverbe complète À nul n'est vrai ami qui de soi-même est ennemi. Entre les deux, l'équilibre est étroit : ni se haïr, ni s'idolâtrer.
Voir aussi On ne s'aime bien que lorsqu'on n'a plus besoin de se le dire.
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