Ave de Catherine Pozzi
Sans avoir su d'où je vous possédais,
En quel soleil était votre demeure,
En quel passé votre temps, que j'aimais,
Feu sans foyer dont j'ai fait tout mon jour,
En quel destin vous traciez mon histoire,
Magnifique, hors de toute mesure.
À quelle étoile appartenait ma chair,
Quel haut son d'or sonnait votre sourire,
En quel soleil mon printemps avait l'air,
Pour la paix noire et la fin du chemin,
Très haut amour, c'est que dans l'agonie
Ceux que j'aimais m'ont écrit de leur main.
Ave est un poème d'adieu à l'amour et à la vie, écrit par une femme qui se savait condamnée par la tuberculose. Le titre liturgique (« Ave », salut) inverse le sens du mot : ce n'est pas un salut de bienvenue, c'est un adieu sacré.
La densité du texte est exceptionnelle. En cinq quatrains d'alexandrins, Catherine Pozzi condense une vie d'amour, de souffrance et de quête spirituelle. Chaque vers porte un poids qui dépasse largement sa mesure. Le poème a la gravité d'un testament.
Catherine Pozzi est l'une des voix les plus singulières de la poésie française du XXᵉ siècle. Six poèmes seulement, et une place indiscutable. Voir aussi Les séparés et La mort des amants.
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