Poème d'amour

Ave de Catherine Pozzi

Très haut amour, s'il se peut que je meure
Sans avoir su d'où je vous possédais,
En quel soleil était votre demeure,
En quel passé votre temps, que j'aimais,
Très haut amour qui passez la mémoire,
Feu sans foyer dont j'ai fait tout mon jour,
En quel destin vous traciez mon histoire,
Magnifique, hors de toute mesure.
Très haut amour, si je meurs sans vous dire,
À quelle étoile appartenait ma chair,
Quel haut son d'or sonnait votre sourire,
En quel soleil mon printemps avait l'air,
C'est que la mort m'a vue et m'a choisie
Pour la paix noire et la fin du chemin,
Très haut amour, c'est que dans l'agonie
Ceux que j'aimais m'ont écrit de leur main.
Catherine Pozzi (1882-1934)
Catherine Pozzi (1882-1934), poétesse française. Elle n'a laissé que six poèmes, dont Ave est le plus célèbre. Sa liaison avec Paul Valéry (1920-1928) nourrit une œuvre d'une intensité mystique rare.

Ave est un poème d'adieu à l'amour et à la vie, écrit par une femme qui se savait condamnée par la tuberculose. Le titre liturgique (« Ave », salut) inverse le sens du mot : ce n'est pas un salut de bienvenue, c'est un adieu sacré.

La densité du texte est exceptionnelle. En cinq quatrains d'alexandrins, Catherine Pozzi condense une vie d'amour, de souffrance et de quête spirituelle. Chaque vers porte un poids qui dépasse largement sa mesure. Le poème a la gravité d'un testament.

Catherine Pozzi est l'une des voix les plus singulières de la poésie française du XXᵉ siècle. Six poèmes seulement, et une place indiscutable. Voir aussi Les séparés et La mort des amants.

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Les séparés
La mort des amants
Colloque sentimental
Sonnet de Louise Labé
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