Poème d'amour

La mort des amants de Charles Baudelaire

Nous aurons des lits pleins d'odeurs légères,
Des divans profonds comme des tombeaux,
Et d'étranges fleurs sur des étagères,
Écloses pour nous sous des cieux plus beaux.
Usant à l'envi leurs chaleurs dernières,
Nos deux cœurs seront deux vastes flambeaux,
Qui réfléchiront leurs doubles lumières
Dans nos deux esprits, ces miroirs jumeaux.
Un soir fait de rose et de bleu mystique,
Nous échangerons un éclair unique,
Comme un long sanglot, tout chargé d'adieux ;
Et plus tard un Ange, entr'ouvrant les portes,
Viendra ranimer, fidèle et joyeux,
Les miroirs ternis et les flammes mortes.
Charles Baudelaire (1821-1867)
Charles Baudelaire (1821-1867). La Mort des amants est le poème CXXI des Fleurs du mal, dans la section « La Mort ». Ce sonnet imagine la mort comme une chambre voluptueuse où les amants se retrouvent pour l'éternité.

Ce sonnet est l'un des plus beaux de Baudelaire. Il inverse le thème habituel de la mort en en faisant un lieu de retrouvailles et de volupté. « Nous aurons des lits pleins d'odeurs légères, / Des divans profonds comme des tombeaux » : dès le premier vers, la mort et l'amour se confondent dans un décor de chambre orientale.

La structure du sonnet est parfaitement maîtrisée. Les deux quatrains décrivent le décor funèbre-amoureux ; le premier tercet évoque un soir de lumière mystique ; le second tercet referme le poème sur un ange qui ravive les flammes et les miroirs ternis. L'ensemble a la précision d'un bijou funéraire.

Debussy a composé cinq mélodies sur des poèmes de Baudelaire, dont La Mort des amants (1887). Voir aussi L'invitation au voyage et Colloque sentimental.

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