La mort des amants de Charles Baudelaire
Des divans profonds comme des tombeaux,
Et d'étranges fleurs sur des étagères,
Écloses pour nous sous des cieux plus beaux.
Nos deux cœurs seront deux vastes flambeaux,
Qui réfléchiront leurs doubles lumières
Dans nos deux esprits, ces miroirs jumeaux.
Nous échangerons un éclair unique,
Comme un long sanglot, tout chargé d'adieux ;
Viendra ranimer, fidèle et joyeux,
Les miroirs ternis et les flammes mortes.
Ce sonnet est l'un des plus beaux de Baudelaire. Il inverse le thème habituel de la mort en en faisant un lieu de retrouvailles et de volupté. « Nous aurons des lits pleins d'odeurs légères, / Des divans profonds comme des tombeaux » : dès le premier vers, la mort et l'amour se confondent dans un décor de chambre orientale.
La structure du sonnet est parfaitement maîtrisée. Les deux quatrains décrivent le décor funèbre-amoureux ; le premier tercet évoque un soir de lumière mystique ; le second tercet referme le poème sur un ange qui ravive les flammes et les miroirs ternis. L'ensemble a la précision d'un bijou funéraire.
Debussy a composé cinq mélodies sur des poèmes de Baudelaire, dont La Mort des amants (1887). Voir aussi L'invitation au voyage et Colloque sentimental.
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