Il pleure dans mon cœur de Paul Verlaine
Comme il pleut sur la ville ;
Quelle est cette langueur
Qui pénètre mon cœur ?
Par terre et sur les toits !
Pour un cœur qui s'ennuie
Ô le chant de la pluie !
Dans ce cœur qui s'écœure.
Quoi ! Nulle trahison ?…
Ce deuil est sans raison.
De ne savoir pourquoi
Sans amour et sans haine
Mon cœur a tant de peine !
Poème parmi les plus célèbres de la poésie française, « Il pleure dans mon cœur » repose sur une métaphore sensorielle : la pluie qui tombe sur la ville devient les pleurs qui tombent dans le cœur. Le parallélisme est si juste qu'il semble naturel, comme si la langue avait attendu Verlaine pour le formuler.
L'épigraphe initiale, empruntée à Rimbaud (« Il pleut doucement sur la ville »), montre l'influence réciproque des deux poètes à cette époque. Verlaine transforme le constat météorologique de Rimbaud en confession intérieure, en ajoutant simplement une lettre : « Il pleure ». Ce glissement minuscule fait tout le poème.
Le vers de six syllabes, avec ses rimes croisées et ses assonances en « eu » et « ui », crée un effet de litanie qui mime le bruit de la pluie sur les toits. Voir aussi Green et Ô triste, triste était mon âme.
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