Poème d'amour

Il pleure dans mon cœur de Paul Verlaine

Il pleure dans mon cœur
Comme il pleut sur la ville ;
Quelle est cette langueur
Qui pénètre mon cœur ?
Ô bruit doux de la pluie
Par terre et sur les toits !
Pour un cœur qui s'ennuie
Ô le chant de la pluie !
Il pleure sans raison
Dans ce cœur qui s'écœure.
Quoi ! Nulle trahison ?…
Ce deuil est sans raison.
C'est bien la pire peine
De ne savoir pourquoi
Sans amour et sans haine
Mon cœur a tant de peine !
Paul Verlaine (1844-1896)
Paul Verlaine (1844-1896). Ce poème, le troisième des Ariettes oubliées qui ouvrent Romances sans paroles (1874), est l'un des textes les plus connus de la langue française. La correspondance entre la pluie et les larmes y atteint une perfection musicale inégalée.

Poème parmi les plus célèbres de la poésie française, « Il pleure dans mon cœur » repose sur une métaphore sensorielle : la pluie qui tombe sur la ville devient les pleurs qui tombent dans le cœur. Le parallélisme est si juste qu'il semble naturel, comme si la langue avait attendu Verlaine pour le formuler.

L'épigraphe initiale, empruntée à Rimbaud (« Il pleut doucement sur la ville »), montre l'influence réciproque des deux poètes à cette époque. Verlaine transforme le constat météorologique de Rimbaud en confession intérieure, en ajoutant simplement une lettre : « Il pleure ». Ce glissement minuscule fait tout le poème.

Le vers de six syllabes, avec ses rimes croisées et ses assonances en « eu » et « ui », crée un effet de litanie qui mime le bruit de la pluie sur les toits. Voir aussi Green et Ô triste, triste était mon âme.

À lire aussi

Green
Ô triste, triste était mon âme
Mon rêve familier
Colloque sentimental
Pour aller plus loin

Voir tous les poèmes d'amour, les lettres d'amour, les proverbes d'amour, ou retournez à l'accueil.