Il ne faut pas laisser croître l'herbe sur le chemin de l'amitié
Il ne faut pas laisser croître l'herbe sur le chemin de l'amitié.
Il ne faut pas négliger de visiter ses amis. Le chemin qu'on cesse de fouler se ferme, et l'amitié qu'on cesse d'entretenir s'efface comme un sentier dans la fougère. Une absence est tolérable ; une habitude d'absence ne l'est plus.
L'image est ancienne. On la trouve dans une lettre de Sénèque à Lucilius : amicitia, ut frumentum, frequenti cultu colitur, « l'amitié, comme le blé, se cultive par la fréquentation ». Sans labour, le champ retourne en lande ; sans visite, l'ami devient inconnu.
Aristote, dans l'Éthique à Nicomaque, observait que les amitiés cessent souvent moins par brouille que par éloignement. La séparation ne détruit pas l'amitié, mais elle empêche son exercice ; et l'amitié qui ne s'exerce pas finit par s'éteindre comme un feu qu'on ne nourrit plus.
Madame de Sévigné en avait fait sa pratique. Trente ans de lettres à sa fille, et autant à ses amis : c'était sa manière à elle d'empêcher l'herbe de pousser. Chaque billet, si court fût-il, était un coup de pioche.
Frequens cultus amicitiam servat. « La fréquentation conserve l'amitié » (adage latin)
Voir aussi Les petits présents entretiennent l'amitié et La table est l'entremetteuse de l'amitié. Trois variantes d'une même sagesse : l'amitié est un soin quotidien, pas une déclaration solennelle.
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