Les roses d'Ispahan de Charles Leconte de Lisle
Les jasmins de Mossoul, les fleurs de l'oranger
Ont un parfum moins frais, ont une odeur moins douce,
Ô blanche Leïlah ! que ton souffle léger.
Sonne mieux que l'eau vive et d'une voix plus douce,
Mieux que le vent joyeux qui berce l'oranger,
Mieux que l'oiseau qui chante au bord du nid de mousse.
La brise qui se joue autour de l'oranger
Et l'eau vive qui flue avec sa plainte douce
Ont un charme plus sûr que ton amour léger !
Tous les baisers ont fui de ta lèvre si douce,
Il n'est plus de parfum dans le pâle oranger,
Plus de céleste arôme aux roses dans leur mousse.
Ne chante plus parmi les roses et l'oranger ;
L'eau vive des jardins n'a plus de chanson douce,
L'aube ne dore plus le ciel pur et léger.
Revienne vers mon cœur d'une aile prompte et douce,
Et qu'il parfume encor les fleurs de l'oranger,
Les roses d'Ispahan dans leur gaine de mousse.
Ce poème est un bijou d'orfèvrerie parnassienne. Leconte de Lisle y compare le parfum des roses d'Ispahan et des jasmins de Mossoul au souffle de la femme aimée, pour conclure que celui-ci est plus doux encore. L'Orient de fantaisie, les noms sonores, les fleurs exotiques créent un décor de rêve.
Fauré a composé une mélodie célèbre sur ce texte (1884), qui a contribué à faire de ce poème l'un des plus connus du répertoire parnassien. La musique de Fauré épouse la ligne mélodique du vers avec une fluidité qui a rarement été égalée.
Le poème illustre l'esthétique parnassienne dans ce qu'elle a de meilleur : la forme ciselée au service d'un sentiment. Voir aussi L'Invitation au voyage et Madrigal de Ronsard.
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