Madrigal de Pierre de Ronsard
Rêver, songer, penser le moyen de vous plaire,
Oublier toute chose, et ne vouloir rien faire
Qu'adorer et servir la beauté qui me nuit ;
De me perdre moi-même et d'être solitaire,
Souffrir beaucoup de mal, beaucoup craindre et me taire,
Pleurer, crier merci, et m'en voir éconduit ;
Cacher d'un front joyeux une langueur extrême,
Sentir au fond de l'âme un combat inégal,
Honteux, parlant à vous, de confesser mon mal ;
Si c'est cela aimer, furieux je vous aime.
Je vous aime, et sais bien que mon mal est fatal,
Le cœur le dit assez, mais la langue est muette.
Ce Madrigal est un exercice de virtuosité amoureuse à la manière de Pétrarque. Ronsard y définit l'amour en posant une cascade de questions : « Si c'est aimer, Madame, et de jour et de nuit / Rêver, songer, penser le moyen de vous plaire... » Chaque vers ajoute un symptôme de la passion, et la question finale reste sans réponse.
La forme du madrigal, pièce courte à tonalité galante, convenait parfaitement au talent de Ronsard, qui savait allier la grâce italienne à la vigueur du vers français. Ce poème a été mis en musique par plusieurs compositeurs de la Renaissance et reste l'un des textes les plus cités de Ronsard.
Voir aussi Sonnet de Louise Labé et De sa grande amie de Marot.
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