Poème de Joachim du Bellay
La nuit m'est courte, et le jour trop me dure,
Je fuis l'amour, et le suis à la trace,
Cruel me suis, et requiers votre grâce,
Je prends plaisir au milieu de l'injure.
Je fuis l'amour, et le suis à la trace,
Cruel me suis, et requiers votre grâce,
Je prends plaisir au milieu de l'injure.
J'ai tout regret, et n'ai peur d'aventure,
Je suis vaillant et le cœur m'est de glace,
Je veux courir, et jamais ne me lasse,
Je suis content et vis en la torture.
Je suis vaillant et le cœur m'est de glace,
Je veux courir, et jamais ne me lasse,
Je suis content et vis en la torture.
Ainsi Amour incessamment me mène,
Et quand je pense avoir plus de ma peine,
C'est quand je suis du repos plus lointain.
Et quand je pense avoir plus de ma peine,
C'est quand je suis du repos plus lointain.
C'est de mon mal l'éternel sacrifice ;
Prenant plaisir à ce cruel supplice,
Toujours suis las et jamais ne me plains.
Prenant plaisir à ce cruel supplice,
Toujours suis las et jamais ne me plains.
Ce sonnet illustre la veine pétrarquiste de Du Bellay. L'amant y décrit les paradoxes de l'amour en accumulant les antithèses : la nuit est courte, le jour trop long ; il fuit l'amour et le suit à la trace. Cette rhétorique de l'oxymore, héritée de Pétrarque, est portée par Du Bellay à un degré de virtuosité remarquable.
Du Bellay est surtout connu pour les Regrets et la Défense et Illustration de la Langue française. Mais L'Olive, son premier recueil, contient déjà les qualités qui feront sa gloire : musicalité, sincérité du ton, maîtrise de la forme.
Voir aussi Madrigal de Ronsard et Sonnet de Louise Labé.
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