Poème d'amour

Ô triste, triste était mon âme de Paul Verlaine

Ô triste, triste était mon âme
À cause, à cause d'une femme.
Je ne me suis pas consolé
Bien que mon cœur s'en soit allé,
Bien que mon cœur, bien que mon âme
Eussent fui loin de cette femme.
Je ne me suis pas consolé
Bien que mon cœur s'en soit allé.
Et mon cœur, mon cœur trop sensible
Dit à mon âme : Est-il possible,
Est-il possible, - le fût-il -
Ce fier exil, ce triste exil ?
Mon âme dit à mon cœur : Sais-je
Moi-même que nous veut ce piège
D'être présents bien qu'exilés,
Encore que loin en allés ?
Paul Verlaine (1844-1896)
Paul Verlaine (1844-1896), poète symboliste. Ce poème figure dans Romances sans paroles (1874). Il exprime la mélancolie amoureuse avec une musicalité plaintive, caractéristique de l'art verlainien.

Ce poème est un aveu de tristesse amoureuse, formulé avec une économie de moyens qui fait toute la force de Verlaine. Le vers court (hexasyllabe) donne au texte une allure de complainte, presque de berceuse triste, où la cause du chagrin n'est jamais explicitement nommée.

« À cause, à cause d'une femme » : la répétition du complément causal suffit à Verlaine pour tout dire. Il ne raconte pas l'histoire ; il dit l'effet, et laisse le lecteur imaginer la cause. Cette technique de suggestion, qui deviendra la marque du symbolisme, est ici portée à la perfection.

Voir aussi Green, Colloque sentimental et Il pleure dans mon cœur.

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