Proverbe d'amitié

On ne peut dire ami celui avec qui on n'a pas mangé quelques minois de sel

On ne peut dire ami celui avec qui on n'a pas mangé quelques minois de sel.

Aristote et Plutarque se sont servis de ce proverbe pour exprimer qu'il faut un long usage de la vie commune avant de pouvoir donner à quelqu'un le nom d'ami. Le « minois » (mesure ancienne valant environ 50 litres) suggère la durée nécessaire : on ne consomme cette quantité de sel qu'en plusieurs années de table partagée.

Multos modios salis simul edendos esse ut amicitiae munus expletum sit. « Il faut avoir mangé ensemble plusieurs boisseaux de sel pour que le devoir d'amitié soit accompli » (Aristote, Éthique à Nicomaque, VIII, 4)

L'image est juste. Aux premiers repas, on dit ce qu'il est agréable d'entendre ; aux dizaines de repas suivants, on dit ce qu'il y a à dire ; aux centaines, on se tait ensemble. C'est ce silence partagé, plus que toute parole, qui scelle l'amitié vraie.

Montaigne, dans son chapitre sur La Boétie, le constatait : son amitié avec La Boétie ne fut courte que dans la durée d'horloge (quatre années à peine), mais elle s'est faite en quelques mois ce que d'autres amitiés font en trente ans, parce que les deux hommes ont accéléré la consommation du sel commun par l'intensité de l'échange. Le proverbe vaut pour les amitiés ordinaires ; les amitiés exceptionnelles le dispensent.

Madame de Sévigné disait : « Il faut avoir bu un tonneau ensemble avant de pouvoir se vanter d'avoir bien aimé. » L'image est plus française, mais l'idée est la même : sans temps prolongé, sans repas partagés, sans verres bus côte à côte, l'amitié n'est qu'un projet d'amitié.

Voir aussi L'amitié est un pacte de sel et Le temps embellit l'amitié.

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Pour aller plus loin

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