Qui est ami de tous ne l'est de personne
Qui est ami de tous ne l'est de personne.
Il en est de l'amitié comme d'une essence précieuse qui perd sa vertu quand on la répand trop largement. L'ami de tous n'est l'ami de personne, parce que son affection, dispersée à l'infini, n'a plus, pour chacun, de consistance véritable.
Aristote, dans l'Éthique à Nicomaque, en avait fait une démonstration philosophique. L'amitié vraie, dit-il, exige du temps, de la fréquentation, de l'épreuve. Or aucun homme n'a assez de temps pour cultiver véritablement plus de quelques amitiés. Au-delà, ce ne sont plus des amitiés, mais des connaissances cordiales.
Multorum amicus, nullius amicus. « L'ami de beaucoup, l'ami de personne » (Aristote, Éthique à Nicomaque, IX)
L'observation s'applique particulièrement aux hommes politiques et aux mondains, qui font profession d'amitié universelle. Ils embrassent tout le monde et n'aiment personne ; ils sourient à chacun et ne se confient à aucun. Leur amitié de surface est, à proprement parler, une absence d'amitié.
La Bruyère notait : « Il est difficile d'être l'ami de tout le monde, et il n'est pas avantageux de l'être. » Avoir trop d'amis, c'est s'en interdire le service vrai ; car le temps consacré à chacun se réduit proportionnellement à leur nombre.
Le proverbe a son tempérament dans Il est bon d'avoir des amis partout : on peut avoir des connaissances partout, à condition de réserver l'amitié vraie pour quelques-uns. Voir aussi Il faut se dire beaucoup d'amis et s'en croire peu.
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