Qui n'est pas grand ennemi n'est pas grand ami
Qui n'est pas grand ennemi n'est pas grand ami.
C'est-à-dire : celui qui n'est pas capable de bien haïr n'est pas capable de bien aimer. Le proverbe enseigne que les grandes passions affectives, positives ou négatives, viennent d'une même profondeur d'âme. Les tièdes ne haïssent ni n'aiment beaucoup.
L'observation est ancienne. Aristote, dans la Rhétorique, distingue les hommes par leur capacité de passion : ceux qui peuvent éprouver fortement les sentiments contraires sont les plus aptes à l'amitié vraie, parce que l'amitié n'est pas une tiédeur mais une intensité orientée.
Idem velle atque idem nolle. « Vouloir et refuser les mêmes choses » (Salluste, Catilina, XX)
Vouloir et refuser. L'amitié vraie inclut les deux : on aime ensemble ce qui mérite d'être aimé, on déteste ensemble ce qui mérite d'être détesté. Celui qui n'a pas d'ennemis n'a pas non plus d'amis, parce qu'il n'a pas de partis pris. Sa neutralité est une absence.
La Bruyère notait : « Il y a une espèce d'hommes qui n'aiment et ne haïssent rien, et qui ne sont rien. » Ces hommes-là traversent la vie sans laisser de trace, parce qu'ils n'ont rien défendu et rien attaqué. Leurs amitiés sont des connaissances, leurs inimitiés des indifférences.
Le proverbe a cependant son tempérament. On peut être grand ami sans être grand ennemi à condition d'avoir épuisé sa capacité de haine dans la lutte contre le mal général, et de ne plus en avoir pour les personnes. Ce détachement-là est rare, et il s'appelle sainteté.
Voir aussi À l'ami soigne le figuier et Ami jusqu'aux autels.
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