Une allée du Luxembourg de Gérard de Nerval
Elle a passé, la jeune fille,
Vive et preste comme un oiseau :
À la main une fleur qui brille,
À la bouche un refrain nouveau.
Vive et preste comme un oiseau :
À la main une fleur qui brille,
À la bouche un refrain nouveau.
C'est peut-être la seule au monde
Dont le cœur au mien répondrait,
Qui venant dans ma nuit profonde
D'un seul regard l'éclaircirait !
Dont le cœur au mien répondrait,
Qui venant dans ma nuit profonde
D'un seul regard l'éclaircirait !
Mais non, ma jeunesse est finie…
Adieu, doux rayon qui m'as lui,
Parfum, jeune fille, harmonie…
Le bonheur passait, il a fui !
Adieu, doux rayon qui m'as lui,
Parfum, jeune fille, harmonie…
Le bonheur passait, il a fui !
Ce court poème est un modèle de grâce nervalienne. Une jeune fille passe, vive et preste « comme un oiseau » ; le poète la regarde, elle disparaît. Tout le poème tient dans cette apparition-disparition, et dans le regret qui suit : « Mais non, ma jeunesse est finie. »
La brièveté du texte, ses vers courts (octosyllabes), son mouvement rapide, miment la fugacité de la rencontre. Nerval ne retient de la jeune fille qu'une fleur et un regard, et c'est assez pour en faire un souvenir durable.
Ce poème annonce Baudelaire (« À une passante ») et Verlaine. Voir aussi Roman de Rimbaud et Mon rêve familier.
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