Poème d'amour

Une allée du Luxembourg de Gérard de Nerval

Elle a passé, la jeune fille,
Vive et preste comme un oiseau :
À la main une fleur qui brille,
À la bouche un refrain nouveau.
C'est peut-être la seule au monde
Dont le cœur au mien répondrait,
Qui venant dans ma nuit profonde
D'un seul regard l'éclaircirait !
Mais non, ma jeunesse est finie…
Adieu, doux rayon qui m'as lui,
Parfum, jeune fille, harmonie…
Le bonheur passait, il a fui !
Gérard de Nerval (1808-1855)
Gérard de Nerval (1808-1855), poète romantique français. Une allée du Luxembourg, publié dans les Odelettes (1853), est un poème bref sur la rencontre fugitive d'une jeune fille dans un jardin parisien.

Ce court poème est un modèle de grâce nervalienne. Une jeune fille passe, vive et preste « comme un oiseau » ; le poète la regarde, elle disparaît. Tout le poème tient dans cette apparition-disparition, et dans le regret qui suit : « Mais non, ma jeunesse est finie. »

La brièveté du texte, ses vers courts (octosyllabes), son mouvement rapide, miment la fugacité de la rencontre. Nerval ne retient de la jeune fille qu'une fleur et un regard, et c'est assez pour en faire un souvenir durable.

Ce poème annonce Baudelaire (« À une passante ») et Verlaine. Voir aussi Roman de Rimbaud et Mon rêve familier.

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