Mieux vaut aimer bergères que princesses
Mieux vaut aimer bergères que princesses.
On a voulu chercher une origine historique à ce proverbe, qui est né peut-être de la simple réflexion, et qui exprime une sagesse pastorale traditionnelle.
Aimer une princesse, c'est s'exposer aux jalousies de la cour, aux intrigues du palais, aux raisons d'État. Aimer une bergère, c'est connaître la simplicité du cœur, la fidélité tranquille, la paix des amours sans cérémonie.
Cette doctrine alimente toute la littérature pastorale : L'Astrée d'Honoré d'Urfé, les bergeries de Florian, les idylles de Bernardin de Saint-Pierre. Elle a sa face critique : les princes qui descendent vers les bergères ne le font pas toujours par sagesse mais par caprice.
Marie-Antoinette, jouant à la bergère au Hameau de Versailles, est l'envers caricatural de cette utopie : la princesse qui se déguise en bergère sans rien sacrifier à ses privilèges.
Voir aussi Sont aussi bien amourettes sous bureaux comme sous brunettes et L'amour égalise toutes les conditions.
L'éloge pastoral des bergères a fonctionné, sous l'Ancien Régime, comme un fantasme aristocratique d'innocence rurale qui dispensait justement de regarder en face les conditions réelles des paysannes. La paysanne réelle n'avait que peu à voir avec la bergère stylisée des bergeries littéraires.
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